
Le vecu en musique
Introduction : qui est PER-C aujourd’hui ?
PER-C est un rappeur français installé à Brest, porté par plus de vingt ans de rap, d’écriture et de vécu. D’origine tahitienne et française, il construit une musique sombre, sincère et revendicative, où le boom bap laisse toute sa place aux mots. Ses textes puisent dans les réalités de la rue, les difficultés du quotidien, l’injustice sociale, la lutte pour rester debout et le besoin de ne pas laisser les autres parler à sa place.
Les racines : N.I.C, MSP et l’Oise
L’histoire commence en 2004, en campagne à Saint-Just-en-Chaussée, dans l’Oise. À 14 ans, il écrit et rappe sous le nom de N.I.C, aux côtés de Remj dans le duo MSP, Mesure Sur Parole. À cette époque, le rap se vit loin des algorithmes et des formats : dans les quartiers, les rencontres, les cahiers remplis de rimes. Nourri par IAM, NTM, 2 Bal 2 Neg, Mobb Deep ou Group Home, il développe très tôt un goût pour les productions brutes, les ambiances sombres et les textes qui portent du fond.
Avec sa bande, il évolue dans l’ombre d’OBBS, Original Bad Boy Soldier, collectif influent de l’Oise réunissant plusieurs rappeurs du département. Les anciens ont déjà l’expérience ; eux sont les plus jeunes. Ils observent, écoutent et apprennent. Cette période lui transmet le respect de la plume, de la technique et de la parole donnée. Elle s’inscrit aussi dans une adolescence marquée par la délinquance juvénile et les rivalités territoriales avec les villes voisines. La proximité de Creil, où certains anciens de Saint-Just-en-Chaussée avaient leurs habitudes, apporte également une influence francilienne forte au groupe de jeunes. Cette culture venue de Paris et de sa périphérie nourrit leur manière de s’habiller, de parler, de se déplacer et, surtout, d’aborder le rap.
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Tahiti : le vécu qui transforme l’écriture
À 18 ans, alors que le groupe auquel il appartenait finit par se fracturer et que les tensions dégénèrent en affrontements violents entre anciens proches, IL quitte la France. Dans un climat devenu trop dangereux pour lui à SJC, ses parents prennent la décision de partir vers Tahiti, terre de son père. Chrétiens et guidés par une lecture profondément spirituelle de leur parcours, ils voient dans ce départ une porte ouverte, une protection et peut-être une volonté divine : celle de mettre leur fils à distance d’une trajectoire qui risquait de mal finir. À tahiti, il choisit désormais de porter son prénom Moana et de l’utiliser en tant que nouveau blaze de rappeur. Derrière l’image de carte postale, il découvre une réalité plus rude : le coût de la vie, les difficultés économiques, les familles qui tiennent avec peu, et un quotidien parfois bien loin du paradis vendu de l’extérieur. Très tôt, il travaille, aide les siens et continue d’écrire dès qu’il le peut.
Il forge une forte amitie avec la jeunesse polynesienne arpentant les rues et apprend le côte loyal de l’homme, sachant que c’est culturel pour les polynesiens.
À Tahiti, son regard sur le rap et sur la vie se transforme. Il découvre une rue différente, faite de chaleur humaine et de solidarité, mais aussi de précarité, de violence, d’alcool et de nuits difficiles. Une période de grande instabilité, entre 2011 et 2012, marque profondément son parcours. Le rap reste alors sa ligne de survie : écrire pour ne pas sombrer, prendre le micro pour donner un sens à ce qui est traversé.
Cette authenticité lui ouvre des portes sur la scène locale. Il est invité par le groupe Code 98 à participer à des scènes en plein air, puis par DJ Fred à monter sur scène au Paradis. Ces expériences confirment une chose : sa voix a sa place, parce qu’elle ne raconte pas un personnage, mais un vécu.
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Brest : le retour et la construction de PER-C
En 2019, Moana rentre en France et pose ses valises à Brest. Il revient avec un vécu lourd, des années marquées par les mauvais choix, les bagarres, la drogue et une rue tahitienne qui ne fait pas de cadeaux. Cette fois, il veut s’assagir. Sortir des schémas qui tirent vers le bas, travailler, avancer et reprendre sa vie en main. Il choisit le blaze PER-C : percer les abcès d’un système qui étouffe, et atteindre les cœurs que ce même système a transpercés. Son rap devient une manière de dénoncer, de mettre la lumière sur les blessures collectives et de donner une voix à ceux que l’on écoute trop peu.
Le calme remplace peu à peu le chaos, mais l’écriture ne s’arrête jamais. Au contraire : elle devient plus mature, plus lucide et plus précise.
Car même en cherchant la stabilité, PER-C ne peut ignorer ce qui l’entoure. Les injustices du système, le poids du travail, les difficultés sociales et le sentiment d’être laissé de côté continuent de faire monter la colère. Mais cette colère ne cherche plus à exploser dans la rue : elle passe dans les textes, les mesures et les morceaux.
À Brest, après plus de vingt ans de rap, le besoin devient urgent : sortir de l’ombre. Avec un premier EP en préparation et le collectif 49.3, PER-C transforme son parcours en projet. Une musique indépendante, revendicative et ancrée dans le réel, pensée pour ceux qui ont des choses à dire mais à qui l’on laisse rarement le micro.
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La revendication : ligne artistique
La revendication est au centre de l’identité de PER-C. Elle ne se résume pas à un slogan ni à une posture : elle vient de ce qu’il a vu, vécu et observé. Ses textes parlent de précarité, de respect, de colère sociale, de travail, de survie, de racines et de dignité. Ils donnent une place à celles et ceux dont les réalités sont rarement racontées avec nuance.
Son rap ne cherche pas à enjoliver la galère ni à fabriquer un mythe. Il cherche à mettre des mots sur ce qui pèse, à transformer la colère en énergie créative et à rappeler qu’une voix peut exister même lorsqu’elle vient de loin, qu’elle a grandi dans l’ombre ou qu’elle refuse de suivre les codes les plus faciles.
« Le rap m’a appris à ne pas laisser le silence raconter mon histoire à ma place. » - PER-C